Philippe PELLETIER

 

Philippe Pelletier, est né en 1956. Docteur en géographie, diplômé en langue et civilisation japonaise, il est professeur à l’Université Lumière Lyon 2 et membre de l’UMR 5600 Environnement, Ville, Société. Il est spécialiste du Japon où il a résidé et travaillé pendant sept ans.
Son travail porte à la fois sur le paysage, l’insularité, la villz, l’environnement et la géographie politique. Il a notamment publié La Japonésie (1997), Le Japon, géographie, géopolitique et géohistoire (2007), Japon,idéesreçues(2ème édition,2008)etL’AtlasduJapon(2008). Il vient de publier (septembre 2011) dans la collection Folio Histoire aux Editions Gallimard, L’Extrême-Orient. L’invention d’une histoire et d’une géographie.

L’Extrême-Orient. L’invention d’une histoire et d’une géographie (Editions Gallimard, 2011, coll. Folio Histoire)

L’Extrême-Orient fascine les Européens, et les Occidentaux en général. Le sens double du mot « extrême » en français favorise les formulations tranchées. Partons de ce constat : l’Extrême-Orient incarnerait non seulement une extrémité physique de l’Orient mais aussi la quintessence même de celui- ci, son aboutissement au sens propre comme au sens figuré. Or cet Orient est indissoluble de l’Occident. En partant de l’Extrême-Orient, l’analyse renvoie donc à la question d’ordre plus général de définition des grands ensembles du type Orient et Occident, de leur nature - géographique, culturelle, politique ? Réelle ou métaphorique ? - et de leurs limites.
C’est l’Occident qui vient perturber le monde sinisé, d’abord au XVIe puis au XIXe siècle pour les temps les plus forts, pas le contraire. Jusque-là, la Chine et ses pays voisins se passent parfaitement de l’Europe et de l’Amérique. Confrontés à un rapport de force, ils doivent s’adapter à la nouvelle donne, laquelle est imposée de l’extérieur mais qui trouve aussi ses relais à l’intérieur, dans les sociétés locales. L’Occident ne peut être ni dédouané, ni exonéré de cette géohistoire. En outre, c’est précisément la réponse différenciée des sociétés d’Asie orientale face à la perturbation occidentale qui aggrave le déséquilibre puisqu’elle s’opère en décalage entre les différents pays asiatiques. Le Japon réagit ainsi plus vite, et plus brutalement, que ses voisins. Mais il impose à son tour sa domination et son exploitation, en prenant nommément exemple sur la démarche coloniale de l’Occident. On en voit encore les traces et les conséquences dans toute la région. Nier la responsabilité occidentale, surestimer les vertueux agents de commerce et sous-estimer les canonnières, aboutirait d’ailleurs paradoxalement à légitimer le discours impérialiste du Japon, et son succédané révisionniste actuel. Les deux cherchent en effet à justifier la dérive colonisatrice japonaise et ses excès par la nécessité de lutter contre la domination occidentale, « l’oppresseur blanc », et en faveur de la « libération des peuples d’Asie ».