Noah Klieger, le rebelle survivant d’Auschwitz à l’Exodus

 

Né à Strasbourg, Noah Klieger a reçu en cadeau le don de survivre, c’est ce qu’il nous démontre tout au long de ses récits : il s’en tire toujours d’extrême justesse. Depuis le début en 1942 à Bruxelles, où il relate comment, à l’âge de 15 ans, il a l’insolence, ou l’inconscience, d’exiger la libération de son père devant un invraisemblable officier SS. Il est marqué par les deux années passées à Auschwitz, où il survit en devenant boxeur volontaire, et où il réussit à terminer vivant la marche de la mort. Pour continuer sur le bateau le plus célèbre du XXe siècle, l’Exodus, où, intégré à l’équipage, il organise la défense des passagers contre l’assaut mené par la marine anglaise. Expulsé de force vers l’Europe comme les autres passagers de l’Exodus, il revient en 1948 pour participer à la guerre d’indépendance de l’Etat d’Israël, pays où il réside depuis 66 ans. Mais ce rebelle, qui défend le droit à l’existence des Juifs, comme individu mais aussi comme peuple, sait rester un humaniste dans l’âme, une qualité qu’il met au service du journalisme et du sport. Son témoignage exceptionnel, puisqu’il est le dernier boxeur d’Auschwitz vivant, mais également le dernier membre de l’équipage de l’Exodus, il continue à le faire entendre auprès des jeunes comme des adultes, en France, en Israël ou en Pologne. Mais le mieux est sans doute de lui laisser la parole, en citant les dernières phrases du livre de souvenirs de cet homme « extraordinaire » :


« L’histoire est finie. J’ai tenté d’y décrire ma longue existence, riche en évènements et en activités. J’ai vécu une vie avec des périodes de terreur et de souffrance, mais également beaucoup de moments de joie et d’action, je me suis trouvé dans des endroits et des situations peu banales et j’ai été mêlé à des évènements historiques. Ma vie a été une mosaïque de tristesse et de joie, de déceptions et de satisfactions, de plaisir et de fierté, une vie remplie et captivante et j’espère que le Ciel, ou le sort, me permettront de poursuivre ainsi encore de longues années. Certes, je n’ai pas obtenu tout ce que je désirais, mais j’ai réalisé la plupart de mes aspirations, lesquelles n’étaient pas, il est vrai, extraordinaires. J’ai vécu la vie que je voulais et si je devais tout reprendre du début, c’est exactement la même que je choisirais, excepté bien sûr les années terribles que nous ont imposées les Allemands. Mais même sur ce point, j’ai eu de la chance, car le Ciel, ou le sort, ou les deux, m’ont permis de revenir de l’enfer et de commencer une vie nouvelle et passionnante. Une vie ordinaire. »