Louis Barthas, une mémoire rebelle de 14-18

 

Lorsque François Maspero publia en 1978 la première édition des Carnets de guerre de Louis Barthas, tonnelier, 1914-1918, dans la collection Actes et mémoires du peuple, le livre apportait une parole rebelle à la rhétorique héroïque de la Première Guerre mondiale et il comblait un vide, celui de l’expression directe d’un fantassin des tranchées subissant les bombardements sans pouvoir se défendre et lancé dans des attaques sanglantes pour des gains de terrain dérisoires. Sans oublier les conditions inhumaines de survie, la discipline aberrante, les sentiments de révolte des poilus, les diverses formes de trêves tacites et de fraternisation avec l’ennemi, l’attente désespérée de la paix que le tonnelier socialiste et pacifiste partageait avec ses camarades. Ainsi, un combattant de 14-18, lecteur de Barthas, et pourtant d’opinion politique différente, pouvait-il écrire : « Ce livre est une merveille, c’est une véritable fresque de 14 à 18 par un poilu qui l’a vécue. Ce livre est tellement beau et tellement vrai que j’ai pleuré à plusieurs reprises en le lisant. L’authenticité du texte de Barthas, qui paraissait évidente à la simple lecture, est aujourd’hui confirmée par la consultation de divers documents d’archives, d’autres témoignages de soldats, des photos de la collection du capitaine Hudelle du même régiment.
L’autre raison du succès du livre, c’est le talent naturel d’écriture de ce simple titulaire du certificat d’études primaires. François Mitterrand, à qui le livre avait été offert – et qui l’avait lu – s’est exprimé ainsi : « Ah, les Carnets de Louis Barthas ! Ce livre a une haute valeur historique, et aussi c’est une véritable œuvre littéraire. » Depuis 1978, les tirages successifs en français viennent d’atteindre les cent mille exemplaires dans la dernière édition, celle du Centenaire. Le livre en néerlandais, sorti en 1998, en est à sa sixième édition et atteint un tirage de plus de douze mille. En 2014, l’édition en anglais, aux Presses de l’université américaine de Yale, a bénéficié d’un compte rendu élogieux dans le New York Times ; l’édition en espagnol a attiré l’attention des grands quotidiens de Madrid. On utilise des passages de Barthas ou même son personnage dans divers documentaires, des pièces de théâtre, la série internationale d’Arte intitulée 14, des armes et des mots. Le cinéaste Jean-Pierre Jeunet a exigé la lecture du livre de Barthas par les acteurs de son fils Un long dimanche de fiançailles ; Christian Carion, le réalisateur de Joyeux Noël !, s’appuie sur un paragraphe de Barthas pour proposer l’édification d’un monument aux fraternisations.
Bref, le tonnelier de Peyriac-Minervois a pris une dimension nationale et internationale que les lecteurs de son livre seront heureux de voir exposer par Rémy Cazals, l’historien qui découvrit le manuscrit. Des pages de celui-ci et des photos peu connues seront également présentées.