Les Tsiganes sont-ils des rebelles ?

 

De l’oral à l’écrit : transgression et/ou transgression ?
Voici un peuple transnational, encore indien par ses racines et sa culture profonde mais européen depuis des siècles en ses parcours et l’évolution de ses mœurs. Obstinément de tradition orale en plein XXIe siècle, souvent insaisissable nomade mais ayant pénétré tous nos arts et pérennisé en musique ce qui sans eux se serait perdu. Pacifiste mais ombrageux et en grande partie issu de castes seigneuriales militaires. Refusant l’exploitation de l’homme par l’homme, amoureux de la liberté, mais de société clanique et se soumettant à des lois internes très contraignantes, patriarcal mais acceptant une forme d’autorité féminine. Hospitalier mais distant. Paradoxal en somme. Et toujours à la marge.

Le passage à l’écrit encore tabou ne se fait pas chez lui sans difficulté, et ses écrivains en témoignent. Les éditions Wallâda ont créé une collection unique en Europe consacrée à la parole tsigane. Quel que soit le genre littéraire, on y retrouve ces « empreintes dans l’âme » évoquées par l’ethnolinguiste rom Vania de Gila, spécifiques, et colorées d’une rébellion qui lui permit de garder son identité malgré les multiples persécutions de son histoire. Issus de groupes aux parcours différents, Roms, Gitans, Manouches, Sinté, les Tsiganes se reconnaissent tous en cette rébellion. Quelle est sa nature ? Quelles sont ses manifestations ? Ses causes et conséquences dans nos sociétés contemporaines ? Que représente-t-elle pour nous dits « Gadjé » ?

Nous débattrons de ces questions autour de lectures d’extraits de Djetty la Manouche, conte théâtral de Jeannine Valignat et Stella-Mérixtell Pradier, paru en mai 2014, de Pâni ou le peuple sans frontières, du Manouche Roberto Lorier, premier tome d’une saga historique en cours d’élaboration, des ouvrages de Lick, Joseph Stimbach, Mateo Maximoff.