Les Français à la découverte de la Chine : les voyages de L’Amphitrite (1698-1703)

 

Nées d’intérêts politiques, religieux et économiques, les deux premières expéditions maritimes françaises en Chine à bord de L’Amphitrite (1698-1703) ouvrirent la voie d’un commerce riche de promesses qui sera exploité tout au long du XVIIIe siècle.

« Peuple des extrémités de l’Orient, votre heure est venue », s’écriait avec enthousiasme l’archevêque de Cambrai, Fénelon, face à l’engouement et l’intérêt toujours plus affirmés de son siècle non seulement pour les Indes mais aussi et surtout, en cette fin du XVIIe siècle, pour la Chine.
Au remaniement de la Compagnie des Indes orientales opéré par Colbert en mai 1664 correspondait en effet le désir jugé nécessaire mais demeuré inassouvi de fonder une Compagnie de la Chine. Ce projet avait mûri dans les esprits dès 1658 mais ne fut temporairement concrétisé qu’en avril 1660, date à laquelle fut créée la première Compagnie pour le voyage de la Chine, du Tonkin et de la Cochinchine. Placée sous la direction d’un marchand issu de la bourgeoisie rouennaise, cette entreprise avait pour principal objectif de « servir la gloire de Dieu et la propagation de la foi » en facilitant le passage dans ces contrées des vicaires apostoliques nommés par le pape. Cependant, la mort, en 1661, du cardinal Mazarin, principal actionnaire de cette compagnie, porta un coup funeste à sa création, son privilège étant cédé dès 1664 à la Compagnie des Indes. L’espoir des Français de gagner la Chine à l’image des Portugais puis des Hollandais et des Anglais se voyait donc compromis, d’autant plus que la Compagnie des Indes se montrait alors peu encline à faire usage de ses récents droits et prérogatives.
Les besoins urgents de la mission chinoise relancèrent néanmoins ce projet en en faisant notamment une priorité pour les Jésuites. L’un d’entre eux, le père Joachim Bouvet, gagna ainsi à force de négociations et de persuasions le cœur d’un riche négociant de Paris, Jean Jourdan de Groussey. La Société Jourdan devait en être le fruit et, à sa suite, la deuxième Compagnie de la Chine, dont l’activité originelle fut marquée par les deux voyages de la frégate L’Amphitrite correspondant aux premières expéditions commerciales des Français dans ce pays. En effet, contrairement au précédent projet, cette nouvelle compagnie, tout en aidant à l’évangélisation de la Chine, y prévoyait le développement d’un commerce riche d’avenir et une implantation durable. Ainsi, à la simple motivation religieuse et missionnaire de 1660 succédait en 1698 une tentative commerciale réelle et concrète, stigmatisant le passage d’un esprit religieux soucieux de la conversion des peuples infidèles à des préoccupations plus matérielles. Les deux voyages entrepris par la frégate L’Amphitrite entre 1698 et 1703 pour le compte de cette nouvelle compagnie restent à ce propos tout à fait éloquents, évoquant explicitement cette progression des visées et mentalités en cette fin du XVIIe siècle, et ouvrent la voie d’un commerce qui se révèlera riche de belles promesses tout au long du XVIIIe siècle.