LES VOYAGEURS OCCIDENTAUX EN CHINE

 

La Chine, ce pays où ont alterné des phases d’ouverture et de fermeture, n’a cessé d’alimenter des fantasmes et des représentations contradictoires. Pourquoi, aux différentes époques, des Occidentaux entreprennent-ils ce voyage ? Que découvrent-ils là-bas ? Reviennent-ils les mêmes de cette aventure ?

Ce débat a pour objectif de dégager sur le temps long, avec les permanences et les évolutions que cela implique, ce que signifie le voyage en Chine pour des Occidentaux.
Certes les Romains connaissaient déjà la Chine sous le nom de « pays des Sères », d’où leur parvenait la soie, mais les premiers témoignages écrits de voyageurs occidentaux en Chine ne remontent pas au-delà du XIIIe siècle. Le récit du religieux franciscain Jean du Plan Carpin, envoyé par le pape Innocent IV en 1245-1247, et celui d’un autre religieux franciscain, Guillaume de Rubroeck, envoyé par le roi de France Louis IX en 1253-1255, précèdent la relation par Marco Polo du séjour effectué avec son père et son oncle, marchands vénitiens, de 1271 à 1295. La borne amont du cadrage du débat se situe pour cette raison au milieu du XIIIe siècle. La borne aval se situe quant à elle au « printemps de Pékin » de 1979, car c’est à ce moment que se précise la sortie des temps maoïstes, pendant lesquels le voyage dans une Chine fermée aux occidentaux, avait encore une dimension aventureuse.
Entre temps le voyage en Chine est à resituer dans un contexte fluctuant :
- fermeture sous les premiers Ming aux XIVe et XVe siècles,
- ne chine entrouverte du milieu du XVIe au milieu du XIXe : redécouverte de la Chine au XVIe siècle par les marchands et les missionnaires surtout Jésuites, marchands et missionnaires, dont l’action va se déployer avec des fortunes diverses jusqu’au XIXe siècle ;
- une Chine qui devient la proie des puissances occidentales du milieu du XIXe siècle au début du XXe siècle ;
- une Chine secouée par les révolutions et les guerres civiles, qui réagit à la domination occidentale jusqu’à se fermer de nouveau après la victoire de Mao.

Dans ce contexte, sur le temps long, les images, les représentations, voire les fantasmes ont été nombreux du « Céleste Empire » à la Chine rêvée des maoïstes en passant par la « Cité interdite ».
Quelles motivations diverses ont poussé des occidentaux, aux différentes époques, à entreprendre ce qui est resté une aventure jusqu’à l’époque du « Grand Timonier » ? Comment ont-elles évoluées ? Peut-on dégager des constantes ?

Comment les voyageurs occidentaux ont-ils reçu le choc de la découverte de la Chine ? Les réalités qu’ils ont trouvées là bas ont-elles été conformes à leurs attentes ? Leur ont-elles réservé des surprises ?
Reviennent-ils les mêmes de cette aventure ? Quels prolongements à leur voyage ? Peut-on parler d’un choc du retour en Occident ?
Leurs récits ont-ils un impact sur les représentations de la Chine en Occident ?
Autant de questions auxquelles vont répondre les participants à ce débat, qui sera animé par Laurent Wirth, doyen du groupe histoire et géographie de l’inspection générale :
- Muriel Détrie, maître de conférences à l’université de Paris III est l’auteur, avec Ninette Boothroyd, d’un ouvrage intitulé Le voyage en Chine. Anthologie des voyageurs occidentaux en Chine du Moyen Age à la chute de l’Empire chinois ;
- Christian Jambet, professeur en classes préparatoires au lycée Jules Ferry à Paris, a fait un voyage en Chine en 1969 au cours duquel il a représenté la Gauche prolétarienne dont il était l’un des dirigeants ;
- Sylvie Schweitzer, professeure à l’université de Lyon II, est l’auteur avec Eric Deschamps de La croisière jaune. Journal de bord ;
- Alberto Toscano, journaliste italien, président du club de la pesse européenne, a fait un voyage en Chine au moment du « printemps de Pékin » de 1969 et s’intéresse par ailleurs à l’itinéraire du collectionneur d’art chinois Enrico Cernuschi.