LE PASSÉ ORIENTAL DE L’OCCIDENT

 

Orient et Occident ne s’entendent que l’un par rapport à l’autre ; ce sont des constructions qui ont évolué tout au long de l’histoire et qui, le plus souvent, sont le fruit d’une projection rétrospective. Partant de ce constat, qui est aujourd’hui une évidence pour les historiens, nous avons voulu nous intéresser à un cas particulier de cette dynamique entre « Occident » et « Orient ». Il s’agit de voir comment les Orientaux et l’Orient (ou ce qui est considéré comme tel par les acteurs : groupes, pratiques, lieux géographiques) ont été intégrés à l’histoire de l’Occident, entendu ici comme l’Europe actuelle, en raison de son passé commun depuis le XIXe siècle et afin que les comparaisons puissent avoir un sens. Le débat ne porte donc pas sur l’orientalisme ou sur le goût de l’Orient en Occident, mais sur la manière dont cet « Orient en Occident » a été pensé à travers le temps, en particulier par les acteurs dans l’Antiquité, au Moyen Âge et à l’époque moderne et, de manière rétrospective, à partir du XIXe siècle dans le cadre de la construction des nations puis de l’Europe. Ceci, à partir de contextes géographiques et historiques variés.
Ainsi, et dans l’ordre chronologique, C. Bonnet interviendra en tant que spécialiste des « religions orientales » dans l’empire romain, E. Tixier du Mesnil en tant que spécialiste d’al-Andalus, c’est-à-dire de la partie de la péninsule Ibérique qui a connu une domination islamique entre 711 et 1492 et le règne d’une dynastie qui se définissait comme syrienne au IXe-Xe siècle et H. Asséo en tant que spécialiste des Tsiganes, dont on a mis en avant une « origine orientale », en l’occurrence indienne, à partir du XVIIIe siècle. On perçoit déjà que cette « orientalité » peut être conçue de manière plus ou moins positive, une évaluation susceptible de changer avec le temps. Les cas de figures envisagés ici sont donc distincts : dans le premier cas, il s’agit du développement de pratiques religieuses dont l’origine est perçue comme orientale au sein d’un vaste espace. Dans le second, il s’agit d’une période de l’histoire de la péninsule Ibérique qui pose la question de l’orientalisation éventuelle de la société soumise à la domination islamique. Dans le cas des Tsiganes, la question de leur origine orientale n’est posée que dans le but de penser l’origine d’un groupe (ou de groupes) qui est perçu comme autre, même si son histoire est européenne depuis des siècles. Le débat sur ce point est intense au sein de la discipline philologique depuis sa constitution.

Un certain nombre de questions articuleront notre réflexion :

1) Comment cet Orient présent au coeur de l’Occident est-il pensé sur le moment ? et, en particulier, comment sont pensées les origines orientales et l’« orientalité » du groupe, des pratiques ou de la construction politique considérés par leurs acteurs, d’une part, et par ceux qui les entourent et les décrivent, d’autre part ? Quels sont les rapports des acteurs à l’Orient mythique ou réel ?

2) Comment ce « passé oriental » est-il pensé à l’époque contemporaine : dans le cadre de la construction des nations puis de l’Europe ? Comment les chercheurs le conçoivent-ils et l’analysent-ils aujourd’hui ?