L’humanitaire, nouveau visage de la guerre ?

 

Depuis la fin de la Guerre froide, les interventions humanitaires ne cessent de se développer, avec l’aval des organisations internationales (ONU, OTAN…) et généralement l’approbation des opinions publiques. Pour autant ces interventions suscitent d’importantes critiques. Selon certains, elles n’exprimeraient pas seulement, dans les pays occidentaux, une sensibilité nouvelle aux malheurs de l’humanité, sensibilité suscitée et entretenue par les campagnes d’opinion des organisations humanitaires et par l’essor des médias de masse. Elles correspondraient aussi à un renouvellement en profondeur, depuis les années 1980, de la réflexion sur la place de l’Occident dans le monde. Comme le suggère Hubert Védrine, en Europe – particulièrement en France – comme aux États-Unis, les élites dirigeantes comme de larges fractions de l’opinion semblent gagnées par « l’idée selon laquelle les Occidentaux auraient gagné la bataille de l’histoire et qu’il n’y aurait plus qu’à imposer, de gré ou de force, aux derniers récalcitrants notre conception de la démocratie, des droits de l’homme et de notre économie de marché ».
Repartant du premier cas avéré d’« ingérence humanitaire », celle des Français au secours des chrétiens du Mont-Liban menacés par les Druzes en 1860, les participants à ce débat tenteront de retracer l’histoire de ces interventions. N’y avait-il pas déjà, sous l’Ancien Régime des types d’ingérence qui se faisaient au nom de valeurs transcendant les intérêts des États… ?
Ils analyseront également leur évolution à travers les deux derniers siècles et plus particulièrement parmi les deux décennies qui viennent de s’écouler, jusqu’à l’intervention française récente au Mali. Sont-elles une nécessaire remise en cause de la souveraineté d’un État au nom de l’humanité ou la manifestation d’une forme moderne d’impérialisme ? Quelles réactions entraînent-elles parmi les pays qui les subissent ? Derrière la bonne conscience et l’unanimisme affichés, avec sa vision réductrice des oppositions entre États civilisés (ou démocratiques) et monde barbare, cet interventionnisme humanitaire n’est-il pas tout simplement le nouveau visage de la guerre ?