L’histoire de l’Empire ottoman dans les collections de la BnF

 

L’histoire de l’Empire ottoman n’a pas donné lieu à une séquence spécifique dans le classement du savoir proposé par Nicolas Clément, classement qui a marqué durablement l’organisation des collections de la BNF. Il n’est pas étonnant si la Sublime Porte n’a pas trouvé sa place dans un classement qui commençait avec l’Ecriture sainte, la Liturgie, les Pères de l’Eglise, et où l’histoire de France, symboliquement indiquée par la lettre L, du nom du Roi Soleil, était au centre de ce système.

Seuls les pays européens et les continents ont bénéficié d’un lettrage spécifique. Cette conception chrétienne et gallicane de l’histoire a conduit à la dispersion des ouvrages sur l’Empire ottoman dans plusieurs de ces lettrages : la lettre G pour l’histoire générale, la lettre J, qui couvre en partie les pays du Basin méditerranéen, la lettre M, qui accueil les livres sur les pays de l’Europe centrale et orientale mais aussi la lettre O2, pour l’histoire d’Asie ou O3, l’histoire d’Afrique puisque le Grand Turc, à son apogée, s’étendait sur cette vaste géographie.

Cette dispersion empêche, à première vue, d’avoir aujourd’hui une image d’ensemble de la constitution du noyau de la collection sur l’histoire de l’Empire ottoman au sein de la BNF et d’apprécier la richesse de ce fonds thématique. Car, en dépit de la logique de ce classement, les collections se sont enrichies à travers le temps d’un trésor de valeur inestimable, signe de l’intérêt de la France pour le Grand Turc. En 1721, quand l’ambassadeur extraordinaire Méhémet Efendi, envoyé de La Porte visite la Bibliothèque du roi, il est impressionné « d’y voir quantité de manuscrits turcs et arabes ». A son retour à Constantinople, son fils qui l’accompagnait dans cette ambassade décide enfin d’installer la première imprimerie en langue turque et propose à abbé Bignon, alors Bibliothécaire du Roi, de lui adresser les livres sortis de cette nouvelle presse.

La thématique orientale du salon de Blois offre l’occasion d’ébaucher une image générale de l’intérêt que porte notre Bibliothèque pour le monde ottoman tel qu’il est reflété dans les collections. Nous souhaitons faire cette présentation d’une double perspective : celle à travers la production historiographique française et occidentale au sujet de l’Empire ottoman (intérêt illustré aujourd’hui par l’activité du service Histoire au sein du département Philosophie, histoire, sciences de l’homme) et celle de l’intérêt pour la production du savoir livresque turc, manuscrite et imprimée (poursuivi par le secteur turc du Service Littératures Orientales du département Littérature et Art) issue directement de l’étendue de cet empire.