L’ORIENTALISME ET LES JUIFS

 

On se proposera d’explorer les modalités complexes de la représentation des juifs dans un Orient réel ou rêvé, en écho à l’exposition « L’Orientalisme et les Juifs » qui se tiendra au Musée d’art et d’histoire du Judaïsme de mars à juillet 2012.

La notion d’orientalisme a connu des développements et des élaborations considérables au cours des dernières décennies et ce qui n’était vu que comme un registre séduisant des arts visuels, est apparu comme une posture liée de façon fondamentale à l’histoire des représentations culturelles en Occident. Il y a beaucoup d’orientalismes. Un colloque récent sur l’orientalisme et les Juifs a permis de faire émerger le constat que « de tout temps, l’orientalisme n’a pas eu que les musulmans pour objet, mais aussi les juifs », et que « l’image que l’Occident s’est faite – et se fait – des musulmans orientaux est en relation étroite avec la perception qu’il a des juifs. » (Orientalism and the Jews, sous la direction de I. D. Kalmar, 2005).
Animé par la conviction que la caractérisation du Juif comme oriental et par là même, comme Autre absolu, dans l’Occident chrétien moderne d’une part, et que les glissements, des juifs aux arabes, des Hébreux de la Bible aux peuples du Moyen-Orient préislamique d’autre part, méritent un examen précis, le Musée d’art et d’histoire du Judaïsme propose d’explorer la représentation des juifs dans un Orient réel ou rêvé, dans la peinture et les arts graphiques, depuis le début du XIXe siècle jusqu’au XXe siècle.
S’il prend un essor décisif chez les peintres français, au gré de la conquête de l’Algérie, l’orientalisme trouve des préfigurations passionnantes aussi bien dans la description de la vie auprès de la Sublime Porte avec, par exemple, Jean-Etienne Liotard que dans l’imaginaire fasciné de Rembrandt. L’orientalisme trouvera des émules dans la peinture européenne tout au long du XIXe siècle, en Angleterre, en Allemagne et en Autriche, pour aboutir à une interrogation historique sur l’Orient ancien, puis sur l’Orient contemporain, dans le cadre d’un dialogue idéalisé ou, au contraire, impossible entre Orient et Occident. Sujets spécifiques de la vision des peintres orientalistes, les Juifs forgeront à leur tour des images de la Bible et des origines et tenteront de s’y inscrire au présent.
La table-ronde réunira Nicolas Feuillie, commissaire de l’exposition L’Orientalisme et les Juifs qui se tiendra au MAHJ de mars à juillet 2012, Perrine Simon-Nahum, chargée de recherches au C.N.R.S. et auteure de nombreux travaux sur l’histoire des études orientalistes en Occident et Michel Espagne, directeur de recherches au C.N.R.S. et spécialiste de l’histoire des transferts culturels en Europe aux XIXe et XXe siècles.