L’ISTHME DE SUEZ ET SON CANAL, 1919-1956

 

Le formidable essor du trafic après 1919 renforce l’importance stratégique du canal, tandis que les villes de l’isthme connaissent des tensions récurrentes générées par la forte présence militaire britannique et la structuration du mouvement national égyptien.
La période postérieure à la première guerre mondiale confirme l’importance prise par la route de Suez dans le grand commerce mondial, ce qui en renforce l’importance stratégique. La base militaire de Suez, la plus importante base britannique à l’étranger, est au centre des relations entre la Grande-Bretagne et l’Égypte. La lutte pour l’indépendance de l’Égypte passe par la reconquête de l’isthme de Suez. Confrontée à la nécessité de loger une main d’œuvre accrue, la Compagnie universelle du Canal de Suez développe une nouvelle politique de logement de ses employés, à dimension utopique. Les réalisations ne sont pas exemptes de difficultés, car elles sont soumises à négociations avec le gouvernement égyptien, copropriétaire des terrains à bâtir dans les villes de l’isthme, et doivent en outre se confronter à la réalité des pratiques sociales de leurs habitants. L’esprit saint-simonien et le paternalisme chrétien qui ont présidé à la création de la cité-jardin de Port-Fouad sont impuissants à juguler les revendications ouvrières croissantes. Les populations grecques, installées dans l’isthme depuis les travaux de percement et grossies d’apports migratoires réguliers, s’impliquent activement dans la structuration du mouvement ouvrier dans les trois villes (Port-Saïd, Ismaïlia, Suez), en particulier lors des longues grèves de 1919. C’est le groupe non-égyptien le plus important en nombre parmi les habitants des trois villes du canal. Les Grecs s’investissent également dans le mouvement national égyptien. Les affrontements avec les troupes britanniques stationnées dans l’isthme se multiplient après la Seconde guerre mondiale. L’attaque, meurtrière (50 morts), par l’armée britannique d’un commissariat de police à Ismaïlia le 25 janvier 1952 n’offre pas seulement à l’histoire moderne égyptienne la date anniversaire (le jour de la police) qui a lancé la révolution anti-Moubarak de 2011 ; elle provoque le lendemain, 26 janvier, le grand incendie du Caire, qui est à l’origine du renversement six mois plus tard de la monarchie et de l’arrivée au pouvoir des Officiers libres, qui nationalisent la Compagnie universelle du Canal maritime de Suez en 1956. Une part essentielle de l’histoire politique, économique et sociale de l’Égypte moderne s’est jouée sur les bords du Canal de Suez. Cette histoire, complexe, fait l’objet d’un ensemble de recherches ciblées dans le cadre d’un projet soutenu par l’Agence nationale de la Recherche pour 2008-2011 : "L’isthme de Suez : un espace inventé aux confins de l’Égypte" (http://invisu.inha.fr/ANR-L-Isthme-de-Suez-un-espace)