L’EXIL, LA RÉSISTANCE ET LA RECONQUÊTE DE NORODOM SIHANOUK À TRAVERS SES ARCHIVES

 

Le 19 février 2004, par une lettre manuscrite, le roi Norodom Sihanouk rend publique sa décision de faire don de la totalité de ses archives personnelles à l’École française d’Extrême-Orient (EFEO), afin qu’elles soient préservées pour servir l’histoire du Cambodge. Les documents du roi du Cambodge relatifs à l’époque de son « premier règne » (1941-1955) ou encore à la période du Sangkum Reastr Niyum (1955-1970) ont été détruits dans leur totalité par les régimes républicains qui se sont succédé à Phnom Penh après le 17 mars 1970. Il n’en subsiste rien dans son pays. Aussi, son souhait de voir ses archives privées constituées après cette date conservées en France est-il inspiré au premier chef par la volonté de protéger des documents qu’il juge essentiels pour le travail des chercheurs.
Entre septembre 2004 et mars 2009, environ un million de pièces, manuscrits, discours, correspondance et photographies sont acheminés depuis Pékin et classés aux Archives nationales – où le fonds est aujourd’hui conservé et communiqué -, sous la direction d’Olivier de Bernon, directeur d’études à l’EFEO et de Pascal Geneste, conservateur aux Archives nationales. L’inventaire, publié en 2009, est établi par Clothilde Roullier. Le fonds est d’une richesse exceptionnelle pour les périodes des journées du coup d’État de mars 1970 ; de la « première résistance », correspondant à la formation d’un Gouvernement royal d’union nationale (GRUNK) et d’un Front uni national du Kampuchea (FUNK) pour lutter contre le gouvernement républicain de Lon Nol mis en place par les Américains (1970-1975) ; de la « seconde résistance » pour lutter contre l’occupation vietnamienne (1979-1991) ; de la présidence du Conseil national suprême, sous l’égide de l’ONU (1992-1993) ; et enfin du « second règne » (1993-2004).
Succédant à son grand-père le roi Sissowath Monivong, le roi Norodom Sihanouk est monté sur le trône en 1941 et il est encore aujourd’hui, six ans après sa seconde abdication, en 2004, l’homme politique dont l’influence morale est la plus forte au Cambodge avec Sa Majesté le roi Norodom Sihamoni, son fils.