Des intellectuels français dans la Guerre de Corée : grandeur et servitude du « Mouvement des 150 » (1950-1953)

 

Le Mouvement des 150 créé à Paris en 1950, souhaitait faire pression sur les belligérants de la Guerre de Corée en rapprochant enseignants américains et soviétiques. Il allait regrouper 10 000 membres avant d’être sous contrôle du Kominform.

Le mouvement dit des 150 « L’appel des universitaires français devant la menace d’une nouvelle guerre mondiale » est créé à l’initiative de trois professeurs du Lycée Buffon (Paris XVème) à la rentrée de l’année 1950. Il a pour vocation de faire pression sur les belligérants de la guerre de Corée - déclenchée le 25 juin 1950 - en rapprochant universitaires américains et soviétiques. A cette époque le terme « d’universitaires » recouvre l’ensemble des enseignants sans distinction de degré. Le mouvement apparait comme indépendant du Mouvement mondial des partisans de la paix, d’inspiration communiste, à l’origine de l’appel de Stockholm du 19 mars 1950 pour l’interdiction de l’arme atomique.
L’appel fut publié par Le Monde et Le Times les 28 et 30 décembre 1950. Parti des Lycées parisiens, ce mouvement allait connaître des développements impressionnants en France et à l‘étranger, avant d’être sous contrôle du Kominform.
Dans l’ouvrage de Jean-François Sirinelli, Intellectuels et passions françaises. Manifestes et pétitions au XXe siècle (Gallimard, 1990), on lit le passage suivant, consacré au milieu des années 1950 : « La communauté européenne de défense (CED) en revanche, est l’occasion de dures batailles de positions. Quelques mois plus tôt, un Mouvement des universitaires français devant la menace d’une nouvelle guerre mondiale, hostile à la CED, avait publié une adresse non signée aux enseignants français (8 octobre 1953) ».
Au fil de mes lectures de la littérature historiographique concernant cette période, je n’ai trouvé aucune autre trace de ce mouvement. J’en avais appris l’existence et le nom, le « Mouvement des 150 » en découvrant les archives de mon père, Albert Tournier, professeur de mathématiques, après sa mort, en avril 1985.
Antistalinien dès les années 1930, proche de la SFIO dont il fut membre, engagé dans la Résistance antinazie et officier de réserve, responsable départemental au sein de la Fédération de l’éducation nationale (FEN), en 1947, mon père fut l’un des trois fondateurs du « mouvement des 150 », au sein du Lycée Buffon. Il préside l’assemblée générale constitutive qui se réunit au Musée social, le 21 décembre 1950 à l’invitation du « comité d’initiative des Lycées Buffon et Henri IV ». Il en est le trésorier jusqu’à sa démission le 15 août 1952. Après le « voyage de Moscou » (septembre 1951) d’une délégation du Mouvement des 150 et surtout la manifestation du 28 mai 1952, organisée par le Parti communiste français, pour protester contre l’arrivée en France du Général Ridgway (successeur d’Eisenhower à la tête de l’OTAN). Mon père considèrera qu’il était, désormais en désaccord, avec le Mouvement, sur des principes fondamentaux.