De l’Orientalisme à l’Orient des dhimmis : l’Alliance Israëlite universelle et le chemin de l’émancipation

 

Née à Paris en 1860 l’Alliance Israélite Universelle s’est donné pour tâche la « régénération » des judaïcités d’Orient. Elle met en lumière la réalité des sociétés de dhimmitude. Et pour défendre un monde juif opprimé, elle va promouvoir la France de la Révolution.

Née à Paris en 1860 l’Alliance Israélite Universelle s’est donné pour tâche la « régénération » des judaïcités d’Orient. Sa fondation, concomitante de celle de la Croix Rouge (Henry Dunant) et de la Première Internationale (1864) interroge l’émergence d’une politique transnationale. Héritière des Lumières, de l’émancipation et du saint simonisme de la première moitié du XIX° siècle, l’Alliance questionne le judaïsme d’Occident. Elle met en lumière l’Orient, construction fantasmée en orientalisme, certes, mais aussi la réalité des sociétés de dhimmitude. C’est en effet dans la foulée de l’affaire de Damas (1840) qu’elle est envisagée, puis créée.
Entre 1862, date d’ouverture de sa première école au Maroc (Tétouan) et la Première Guerre mondiale, l’Alliance Israélite Universelle crée un réseau scolaire qui s’étend de Marrakech à Ispahan en passant par le Yémen et la Turquie de l’empire ottoman. Ce réseau qui ne scolarisera jamais qu’une partie de l’enfance juive, va pourtant bouleverser les communautés juives, et par contrecoup les équilibres anciens. A son corps défendant, elle va donner réalité à l’idée d’une nation juive, antichambre du sionisme. Et pour défendre un monde juif opprimé, elle va promouvoir la France de la Révolution, celle de 1791 (l’émancipation) et celle de 1792-1793, la Grande Nation guidant les peuples. Et promouvoir la langue française, et l’occidentalisation des mœurs.
En partie oubliée, signe paradoxal de sa réussite, l’Alliance Israélite Universelle fut un acteur-clé dans la reconfiguration d’un monde aujourd’hui disparu. Mais présent autrement. Et ailleurs.