D’ALMEIDA Fabrice

 

Professeur d’histoire contemporaine (Sorbonne, Panthéon-Assas Paris-II, Institut français de presse). Il a été lauréat de la bourse Alexander von Humboldt, chercheur au centre Marc Bloch (Berlin), directeur de l’Institut d’histoire du temps présent. Il a notamment publié La Vie mondaine sous le nazisme (Perrin, 2006) et présenté les mémoires inédites de Carl Schrade, Le Vétéran (Fayard, 2011). Il anime "La case du siècle", consacrée aux documentaires historiques, sur France 5, et est chroniqueur chez F.O.G.

lauréat 2011 du Prix Augustin Thierry

Ressources inhumaines, Fayard, 2011

Quelle était la durée du temps de travail d’un gardien de camp de concentration ? Préférait-il jouer aux cartes, pratiquer la boxe ou se délasser en lisant un roman policier ? Sa famille vivait-elle avec lui ? Il n’existe aucune étude systématique des gardiennes et des gardiens. Les sources ne manquent pourtant pas, entre les archives de la SS conservées à Berlin et les nombreux dossiers individuels constitués lors de l’épuration.
Ce livre part des documents de l’administration centrale qui les encadrait. L’ordre SS gérait tous les grands camps de concentration et d’extermination ainsi que des établissements annexes moins connus. L’enquête reconstitue la stratégie de gestion des ressources humaines que Himmler et ses adjoints ont mise en œuvre, non seulement pour permettre aux bourreaux d’accomplir leur office, mais surtout pour éviter qu’ils s’ennuient.
A Auschwitz, les gardiens n’ont pas seulement exterminé des femmes et des enfants, ils ont aussi tué le temps. Les tueurs nazis ont joui de loisirs savamment organisés alors qu’à la même époque les surveillants du Goulag étaient laissés dans une condition à peine supérieure à celle des détenus.
En adoptant l’angle de vue des tueurs, le livre ne prétend pas excuser leur crime. Mais ce regard dérangeant dévoile la gouvernance de l’entreprise SS et les choix des leaders nazis dont l’ambition était de donner à leurs auxiliaires une vie agréable, celle d’une élite qui se pensait comme une nouvelle noblesse prédatrice. Jeux, lectures, cinémas, théâtres, bordel et vie de famille : le temps libre était pensé dans le détail. Tout cela banalisait la nature du « travail ».

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Almeida - Ressources inhumaines