Auguste Pavie (1847-1925), l’explorateur aux pieds nus. Cambodge-Laos

 

Pieds nus, vêtu d’un sampot et d’une veste de toile, le visage entouré d’une longue barbe et à l’abri sous un large chapeau, ainsi apparaît Auguste Pavie, explorateur et diplomate. A pied, en charrettes à bœufs, en pirogue ou à dos d’éléphants, seul ou avec quelques compagnons fidèles, Pavie va sillonner pendant des années le Cambodge et le Laos. Il est l’exemple d’une carrière fulgurante comme les colonies pouvaient le permettre alors. Simple commis des télégraphes en 1869, vice-consul à Luang Prabang au Laos en 1885, il finit ministre plénipotentiaire en 1896, commandeur de la Légion d’honneur.

Quand Pavie arrive en Indochine, cela fait à peine dix ans que le France y a pris pied. En 1895, quand il regagne la métropole, grâce à lui les territoires laotiens font partie de l’Indochine française. En quelques années il a repoussé les prétentions siamoises sur une partie du Laos au mépris des fièvres et du danger, rallié les Pavillons noirs, pirates assassins de Francis Garnier et du commandant Rivière qui dévastaient le nord du Tonkin, fait du grand seigneur thaï Deo van Tri un ami fidèle de la France. On retiendra de Pavie sa grande humilité et son humanité, son extraordinaire facilité à entrer en contact avec les populations. Pavie ne rechercha pas la gloire Il consacra la fin de sa vie à l’écriture du récit de ses explorations. Botaniste, géographe, topographe, ethnologue, photographe, c’est un homme de la IIIe République. Libre penseur, franc-maçon, il incarne les idéaux républicains et il œuvre pour la grandeur de la France qui veut apporter à l’Indochine la liberté, la paix et le progrès. A l’heure où les débats suscités par la colonisation peuvent être encore violents, il est intéressant de se pencher sur un personnage complètement oublié, sur ce « grand humain de l’Indochine », « ce vainqueur aux pieds nus » ainsi que le nomme un de ses biographes, sur cet homme qui est un des rares à pouvoir dire : « je connus la joie d’être aimé des peuples chez qui je passai. »