Programmation 2008

Avant-propos De Jean-Noël Jeanneney, Président du Conseil scientifique des Rendez-vous de l’histoire

Avec l’Histoire, contre la morosité et pour le civisme : cette nouvelle édition de nos Rendez-vous sera fidèle à la ligne de l’aventure que nous partageons depuis plus de dix ans. Au centre de la présidence française de l’Union européenne, le sujet que nous avons choisi s’imposait de lui-même à nos curiosités, à nos controverses, à la diversité de nos regards et de nos engagements.

Oh certes ! la conjoncture n’est pas exempte de chagrins et d’incertitudes sur la situation de notre continent, en un temps où paraissent distendus les ressorts de l’unité : ceux qui permirent le rapprochement structurel de nations si longtemps antagonistes. Est-ce le résultat de l’insouciance des nouvelles générations, pour qui la paix et la prospérité, loin des combats des aînés, paraissent (à tort peut-être) des acquis aussi assurés que l’air qu’on respire ? Est-ce la disparition, avec la chute du communisme à l’est, d’une menace immédiate contre laquelle se regroupaient plus aisément les peuples ? Est-ce l’effet néfaste d’un élargissement réalisé avant que ne soient consolidés les liens permettant que s’exprime, dans le monde, une volonté politique commune à l’Europe entière ? Est-ce le malaise que crée l’instabilité des frontières de l’Union, empêchant une pleine prise de conscience de son identité par elle-même ?

Quoiqu’il en soit, comme il advient toujours, le passé permet de remettre l’actualité en perspective et de chasser les pensées trop noires. Durant des siècles, les Européens eurent à endurer deux « modèles » politiques, tous deux gros de douleurs infinies. Celui d’un conquérant -Charlemagne, Charles Quint, Napoléon, jusqu’à Hitler, au plus barbare-, jaloux d’établir sa domination, à la pointe de l’épée, sur le continent tout entier. Et puis le modèle d’un prétendu « concert des puissances », tel que le voulurent, en 1815, Metternich et Castlereagh, voué à brider la libre détermination des peuples puis à se scléroser peu à peu jusqu’à aboutir au drame absolu que fut, pour l’Europe, la Grande Guerre de 1914-18. Or, voici qu’après 1945 un groupe d’hommes généreux (mettons-y, du côté français, de Gaulle autant que Jean Monnet et Robert Schuman), inventèrent et consolidèrent un troisième système d’organisation, celui-ci sans précédent, qui a assuré aux Européens une longue protection contre toute guerre entre eux : la libre association de nations regroupées.

Aboutissement seulement provisoire ? Qui sait, au regard des siècles ? Mais bonheur durable, à coup sûr, à vue humaine. Et qui ne s’explique que si l’on restitue, comme nous allons le faire, les rythmes pluriséculaires entrelaçant leur cours pour faire se mouvoir lentement les mentalités, surgir les œuvres immortelles, s’affronter les religions, s’épanouir et perdurer l’éclat de l’humanisme et des Lumières. Ce foisonnement de destins entremêlés, les destins de nos ancêtres, va nous aider à prendre la mesure de notre dette envers eux, en même temps que de la liberté qui nous revient d’être différents, avec détermination.

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