Programmation 2007


10e édition l’OPINION. Information, rumeur, propagande


Alain Corbin

Président du festival

Photo Hermance Triay
Jeune chercheur en histoire, Alain Corbin se tourne tout d’abord vers Ernest Labrousse, qui préside aux destinées d’une armée nouvelle d’historiens, défrichant les archives régionales plutôt que la vie des grands personnages. Voici Alain Corbin parti pour Limoges, dont il relate l’histoire au XIXesiècle.

Pourtant, ce qui l’attire n’est pas la description des infrastructures, mais la résurgence des sensibilités. Il s’intéresse très vite au domaine des mentalités, s’inscrivant dans la tradition de la psychologie historique, transmise par Henri Berr et Lucien Febvre. En cela, ses travaux se rapprochent de l’anthropologie ou de la sociologie comportementale. Alain Corbin s’est ainsi intéressé à des sujets aussi variés que l’histoire de la sensibilité, de la mesure du temps ou encore de la perception de l’espace.

Professeur à l’université de Tours, puis à l’université de Paris I - Panthéon-Sorbonne, Alain Corbin, à son tour, a formé plusieurs générations de chercheurs attentifs aux mouvements des sociétés humaines.

Il est l’auteur de plusieurs ouvrages dont La Prostitution à Paris au XIXesiècle (Seuil,1981), Le Miasme et la Jonquille(Aubier/Flammarion, 1986), Les Cloches de la terre (Albin Michel, 1994), L’Avènement des loisirs, 1850-1960 (dir., Aubier, 1995), Le Monde retrouvé de Louis-François Pinagot (Flammarion, 1998),L’Histoire du corps (co-dir., Seuil, 2005/06), 1515 et les grandes dates de l’histoire de France (dir., Seuil, 2005) et une Histoire du Christianisme (dir., Seuil, 2007).

Conférence de clôture « L’opinion publique ou « l’état des esprits » du Premier Empire à l’instauration du suffrage universel »
Dimanche 21 octobre, de 17h30 à 18h30, Hémicycle de la Halle aux Grains

Débat « L’importance de la connaissance historique pour l’intelligence du monde contemporain »
Samedi 20 octobre, de 14h30 à 16h, Hémicycle de la Halle aux Grains

Café littéraire « 2000 ans de christianisme »
Samedi 20 octobre, de 11h30 à 12h30, Café littéraire, Halle aux Grains


Jacques Julliard

Conférence inaugurale

Photo Arnaud Février - © Editions Flammarion
Ecrivain, historien, enseignant et journaliste, Jacques Julliard occupe une place centrale sur la scène intellectuelle nationale. Spécialiste du syndicalisme révolutionnaire et des cultures politiques contemporaines, il est actuellement directeur d’études à l’EHESS et directeur délégué de la rédaction du Nouvel Observateur.

Si son activité d’éditorialiste en fait aujourd’hui une figure connue du grand public, il a su très tôt mêler réflexion et action, recherche et engagement. Historien émérite des gauches françaises au XXesiècle, observateur assidu du fait social, il a été aussi un adhérent actif du syndicalisme étudiant à l’orée des années soixante et, dans la continuité de cet engagement, un militant et un conseiller très écouté de la CFDT, devenant ainsi l’une des autorités de la deuxième gauche. Celle-ci s’affirmera avec vigueur, au cours des années soixante et soixante-dix, comme l’autre pôle de la gauche française, un pôle anti-totalitaire et véritablement social-démocrate.

Jacques Julliard a publié une vingtaine d’ouvrages, parmi lesquels Fernand Pelloutier et les origines du syndicalisme d’action (Seuil, 1971), La faute à Rousseau (Seuil, 1985), Autonomie ouvrière(Seuil, 1988), Le génie de la liberté (Seuil, 1990), Ce fascisme qui vient (Seuil, 1991), L’Année des Dupes(Seuil, 1996), La faute aux élites(Gallimard, 1997), Rupture dans la civilisation (Gallimard, 2003),Le Malheur français (Flammarion, 2005).

Conférence inaugurale « De la démocratie représentative à la démocratie d’opinion : vers la doxocratie »
Vendredi 19 octobre, de 19h30 à 20h30, Hémicycle de la Halle aux Grains


Marc Dugain

Président du salon du livre

Photophoto C. Hélie - © GallimardFils de coopérants en Afrique, Marc Dugain naît au Sénégal en 1957. A sept ans, il rejoint la France avec ses parents où il suivra des études de sciences politiques et de finance. Il devient expert-comptable puis patron d’une compagnie d’aviation.

C’est à 35 ans qu’il trempe pour la première fois sa plume dans l’encrier de la littérature. En quinze jours, il écrit La Chambre des officiers (Lattès, 1998). Un premier roman primé dix-huit fois (Prix Nimier, Prix des Libraires, Prix des Deux-Magots...) et adapté au cinéma par François Dupeyron. Un film honoré de deux Césars et nominé au Festival de Cannes. Inspiré par l’histoire familiale, l’écrivain pénètre dans la peau d’un héros alité, « gueule cassée » de la Grande Guerre. Un second roman Campagne Anglaise (Lattès, 2000) s’inscrit dans la lancée.

Dans le sillage historique de son premier ouvrage, Heureux comme Dieu en France (Gallimard, 2002) met en scène un personnage singulier, un héros « passe muraille » plongé dans la Résistance en 1941. Ce livre fut porté parmi les favoris au Prix Goncourt 2002.

Après nous avoir fait pénétrer dans les coulisses du FBI avec La malédiction d’Edgar (Gallimard, 2005), son cinquième roman Une exécution ordinaire vient de paraître aux éditions Gallimard. Marc Dugain nous offre ici une véritable fresque de la Russie du XXesiècle.

Café littéraire « URSS-Russie : les crimes de l’histoire »
Vendredi 19 octobre à 15h, Café littéraire de la Halle aux Grains

Inauguration du salon du livre
Vendredi 19 octobre à 17h30, Halle aux Grains


Robert Guédiguian

Président du cycle cinéma

Le succès de Marius et Jeannette en 1996 a installé Robert Guédiguian dans le cœur du public. Plusieurs raisons à cela, qui sont inscrites dans son œuvre composée d’une quinzaine de films : la fidélité à ses origines, une enfance marseillaise dans un quartier populaire, L’Estaque, où il a choisi de tourner nombre de ses films ; son sens de l’engagement comme citoyen, épris de justice ; son attachement affectif aux gens, à sa tribu de comédiens et de techniciens, s’inscrivant dans la filiation d’un Pagnol mais aussi d’un Renoir ; son sens de l’histoire et la politique, enfin, qui nourrit ses personnages d’une espérance d’utopie.

Un cinéaste politique donc, qui réalise en 2003 un film de fiction d’histoire immédiate inhabituel et audacieux pour le cinéma français, Le Promeneur du champ de mars : l’histoire d’un jeune journaliste confronté au François Mitterrand des derniers mois, chant funèbre des illusions perdues, mais aussi formidable méditation sur le pouvoir et la mort.

Sa volonté d’offrir un cinéma engagé et populaire s’accompagne depuis 1981 d’une démarche de producteur indépendant avec sa société Agat Films. Elle s’exprime au niveau européen, à travers l’association DIRE, qui fédère les distributeurs pour mieux faire circuler les films.

Présentation de la projection « Le Promeneur du champ de mars »
Samedi 20 octobre à 20h30, Cinéma Les Lobis


Elle a un avis sur tout. Equipes politiques, managers d’entreprises, journalistes, acteurs sociaux les plus divers se relaient à son chevet pour surveiller son comportement et ses attentes, ses inquiétudes et ses sautes d’humeur. On tente même d’anticiper ses réactions. L’opinion publique, quotidiennement sondée, consultée sur le moindre sujet, observée à la loupe, est l’objet de toutes les attentions. Pas un jour sans que ne retentissent à nos oreilles les mots magiques : « l’opinion pense que... », « l’opinion juge que... », « l’opinion exige que... », brisant net toutes les hésitations. Et pourtant, malgré l’arsenal des techniques les plus sophistiquées pour la saisir, l’opinion semble rester un mystère ; certains intellectuels prétendent même qu’il est vain de chercher dans les sondages l’instrument de mesure permettant de l’évaluer.

A vrai dire, nul besoin d’enquêtes quantitatives pour attester son existence et suivre ses mouvements. Déjà, en 1750, Jean-Jacques Rousseau, dans son Discours sur les Sciences et les Arts, la définissait comme « l’expression collective des valeurs morales et sociales d’un peuple, les sentiments et les convictions partagées ». Au temps de la Raison triomphante, l’opinion s’installait au cœur de l’espace public naissant, à tel point que Necker, le ministre des Finances de Louis XVI, peu de temps avant la Révolution française, la décrivait déjà comme une force agissante, une sorte de « tribunal où tous les hommes qui attirent sur eux les regards sont obligés de comparaître ». L’histoire de l’opinion et l’histoire de la démocratie étaient désormais intimement imbriquées.

Prenons garde à manier la notion d’opinion avec prudence, à ne pas la confondre avec le « peuple », la « foule », les « masses ». Bien sûr, pour qu’elle devienne « publique », elle doit pouvoir disposer de moyens et d’espaces d’expression, de relais médiatiques libres. Pourtant, avec toutes les précautions dont s’entoure l’historien, les antiquisants comme les médiévistes décèlent des phénomènes d’opinion dans les périodes qu’ils analysent. Quant aux spécialistes de l’époque contemporaine, ils repèrent, dans les régimes totalitaires eux-mêmes, les traces de mouvements qu’il faut bien qualifier « d’opinion ».

« Puissance invisible », disait Necker. Une puissance qui influence mais qui peut être également influencée. C’est bien pourquoi, depuis Platon, l’opinion est périodiquement condamnée pour sa versatilité. Les pouvoirs ont toujours cherché à la contrôler, la convaincre, parfois la séduire. Souvent, dans l’histoire, l’opinion a succombé à l’habileté des démagogues.

L’information est-elle alors le moyen le plus sûr d’échapper aux pièges de la démagogie, de la propagande ou aux artifices de la communication ? C’est, par nature, la mission du « IVepouvoir », rempart des libertés. Pourtant, l’idéal de vérité proclamé a souvent été pris en défaut. A tort ou à raison, les médias ont attiré sur eux la suspicion de l’opinion qu’ils prétendaient représenter. « On nous ment ! » s’indignait-on hier. « On nous manipule ! » s’inquiète-t-on aujourd’hui.

Reste que les médias d’information constituent les outils premiers contre la diffusion des « fausses nouvelles » portées par la rumeur. La rumeur, le plus ancien des médias, le plus rapide des fléaux pour Virgile, mais aussi un instrument utile du pouvoir, selon Machiavel. Au fond, ce qui est le plus intéressant dans la rumeur, ce n’est pas tant qu’elle soit fausse ou vraie, mais bien que les gens y croient et la propagent jusqu’à ce qu’elle soit devenue un « phénomène d’opinion ».

Sur l’opinion, les médias et l’information, la propagande, la communication, la rumeur, chacun a un avis qui n’est pas exactement celui du voisin, et pourtant nul n’est ici à l’abri de l’aveuglement provoqué par les préjugés et les passions. On peut alors se féliciter que Les 10e Rendez-vous de l’histoire aient choisi de retenir un thème qui, mis en perspective, éclairera tout autant l’amateur d’histoire que le citoyen d’aujourd’hui.

Christian Delporte
Professeur à l’université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines
Directeur de la revue Le Temps des médias

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