ÉDITOS

Par Frédéric Mitterrand Ministre de la Culture et de la Communication

Depuis plus d’un siècle, l’image filmée s’est emparée de l’histoire, au point d’être devenue bien souvent la matière même de nos mémoires. Le Cycle Cinéma des Rendez-vous de l’histoire de Blois offrent une formidable occasion d’explorer la façon dont la fiction, les actualités, le documentaire sont devenus, comme Marc Ferro notamment nous l’aura montré, de véritables « agents de l’histoire ». Pour avoir personnellement arpenté, dans mon passé de réalisateur, des milliers d’heures d’archives audiovisuelles, je mesure combien l’histoire de l’image est constitutive de notre modernité, depuis notre « court XXème siècle » jusqu’à nos jours.

L’Orient, ou plutôt les Orients, ne font pas exception. Extraordinaire foisonnement d’images filmées par les plus grands réalisateurs du Proche-Orient à l’Asie orientale ; regards sur nous-mêmes également, sur ces orientalismes qui auront déterminé notre rapport à l’altérité de ces Orients « compliqués », avec Fritz Lang, avec les films de Jean Renoir sur l’Inde. C’est aussi l’histoire qui se met en scène, comme pour la capitulation du Japon en 1945, comme à Persépolis dans l’Iran du Shah ; l’histoire en direct, celle des décolonisations et de la Guerre Froide, au Vietnam, avec le grand Pierre Schoendoerffer, depuis Diên Biên Phù à son documentaire sur la « Section Anderson » ; la construction des identités, dans le programme consacré à l’histoire dans le cinéma israélien, auquel Amos Gitai aura apporté toute la force de sa démarche critique. Autant de thèmes abordés par un programme très ambitieux, et nulle personnalité mieux indiquée que le grand réalisateur Rithy Panh pour présider ce cycle, lui qui contribue d’une manière si remarquable à ce que le Cambodge se réapproprie son histoire et sa culture.

C’est le printemps arabe, bien sûr, dont la fulgurance a été capturée par tant d’images, qui sera mis à l’honneur lors de la soirée d’ouverture, avec un documentaire de Mourad Ben Cheikh sur la révolution tunisienne, vue par une blogueuse, une avocate et un journaliste. Ce sera l’occasion de visiter les chemins par lesquels l’altérité rejoint l’universel, à travers les documentaires consacrés aux grandes voix de la chanson arabe, ou encore les faubourgs de l’Alexandrie d’aujourd’hui dans le remarquable témoignage fleuve d’Emmanuelle Demoris, Mafrouza.

Avec le concours de la Direction régionale des affaires culturelles, des Archives françaises du Centre national du cinéma et de l’image animée, de l’Institut national de l’audiovisuel, ou encore du département audiovisuel de la Bibliothèque nationale de France, je suis très heureux que mon ministère soit étroitement associé à cette manifestation d’exception, au service d’une mémoire visuelle qui trouve toute sa place dans cette magnifique université populaire que sont les Rendez-vous de l’histoire de Blois.

Par François Bonneau, Président de la Région Centre.

La Région Centre soutient depuis sa création l’événement culturel de référence que constituent les Rendez-vous de l’Histoire de Blois. Il s’agit en effet d’une occasion exceptionnelle pour un public vaste et divers de se pencher avec exigence sur le passé, de réfléchir sur la marche du monde et d’imaginer l’avenir.

La Région Centre y est notamment associée à travers le cycle cinéma, placé sous son parrainage. Cette année la réflexion et les échanges porteront sur l’Orient, thème de la présente édition. La Région aura le privilège d’inaugurer la manifestation par la soirée d’ouverture consacrée au printemps arabe, qui a marqué si profondément cette année 2011.

La programmation de près de cinquante films sera l’occasion de croiser les regards sur l’Orient, proche et plus lointain, et de nourrir l’intérêt passionné qu’il suscite. Les œuvres de fictions, films d’archives, documentaires, feront l’objet d’échanges avec des réalisateurs et des historiens. La richesse et L’exigence de ces propositions est de nature à combler les attentes du nombreux public.

L’image filmée est un aspect essentiel du festival, en écho aux contributions des personnalités invitées, des tables rondes, des expositions, du salon du livre, des cafés historiques. Centre Images, Agence Régionale du Centre pour le cinéma et l’audiovisuel est partenaire de ce cycle cinéma, à travers un programme inédit de courts métrages "Femmes d’Orient, 5 chroniques urbaines" et de films amateurs retrouvés par le pôle patrimoine et placés en ouverture de certaines séances.

Je souhaite la bienvenue à tous les spectateurs de ce programme cinéma des Rendez-vous de l’Histoire et je tiens à remercier tout particulièrement l’équipe d’organisation pour son dévouement et la qualité de son travail.

Par JEAN-NOËL JEANNENEY, président du Conseil scientifique des Rendez-vous de l’histoire.

L’Histoire s’écrit avec des mots, mais les images y ont grandement leur part. Images des événements historiques que le XXe siècle a consacrées par les actualités filmées et télévisées, images de propagande qui ont pu entraîner les foules, images de fiction qui ont su nourrir des représentations inscrites en profondeur dans l’inconscient collectif des peuples…
Nous avons voulu, depuis l’origine des Rendez-vous, qu’ils offrent une place de choix au cinéma, parallèlement au vaste programme des débats et conférences –avec le vœu de servir tout à la fois le bonheur spontané des spectateurs et leur réflexion culturelle et civique sur la contribution des écrans à l’épanouissement et à la diffusion de l’Histoire.
Fort du soutien renforcé que la DRAC Centre a bien voulu nous accorder, le cycle de cinéma contribue au rayonnement du festival. Le thème de l’Orient offre, de surcroît, cette année, une matière foisonnante, dans ce champ tout autant que du côté des livres et de la radio. Films d’aventures exotiques, de guerre ou de combat, reportages pittoresques ou oniriques des voyageurs, reconstitutions chatoyantes : s’y liront les coutumes et des systèmes de valeur de l’Orient dans leur pleine diversité, notamment sous le regard de l’Occident, et aussi, grâce aux plus prestigieux des documentaires, bien des enjeux de mémoire.
Nous savons gré au grand réalisateur cambodgien Rithy Panh d’avoir accepté de présider ce cycle du cinéma, car sa personnalité comme son œuvre témoignent avec une force rare des motifs pour lesquels nous pensons que, si nous n’avions pas ouvert nos yeux dans cette direction, nous n’aurions pas élargi notre ambition aux complètes dimensions qu’elle s’attache à dessiner.