LES MISES EN SCENE DE L’HISTOIRE DANS LE CINEMA ISRAELIEN

Le cinéma israélien n’a pas échappé à l’histoire, miroir d’un conflit qui oppose deux peuples pour une terre. Qu’il soit propagandiste ou critique, qu’il soit de fiction ou documentaire, qu’il soit réaliste ou poétique, les passions le traversent, les images et les représentations s’entrechoquent, pour nous donner à voir et comprendre…peut-être. Avec le film documentaire La Maison, Amos Gitai a inauguré une forme de cinéma critique autour de l’identité d’Israël et de sa relation conflictuelle au peuple palestinien. Six autres films offriront tout un éventail de points de vue sur cette réalité, complétés par une interview exclusive d’Amos Gitai et par un grand débat auquel participera notamment le cinéaste israélien Ran Tal.
Un cycle composé avec la collaboration d’ARIEL SCHWEITZER, historien du cinéma, enseignant à l’université de Paris VIII et de Tel Aviv, avec le soutien des services culturels de l’Ambassade d’Israël en France.

PROJECTION-DEBAT DIMANCHE 16 OCTOBRE DE 14h à 16h45 AU CINEMA LES LOBIS :

A 14h : LA MAISON –HOUSE / BAIT-

Amos Gitai (documentaire, Israël, 1980, 51 min, Net B)
La Maison retrace les changements de propriétaires et d’occupants d’une maison de Jérusalem-Ouest. Après le départ de son propriétaire palestinien, en 1948, la maison est confisquée par l’Etat qui y installe un couple de Juifs algériens, avant qu’elle ne soit rachetée par un professeur d’université israélien qui entreprend de la transformer… en employant des ouvriers palestiniens.... Le film fut censuré par la télévision israélienne.
« On peut affirmer que Gitaï prend ici une certaine distance par rapport à l’architecture : c’est l’Homme qui l’intéresse d’avantage que la maison où il habite, la mémoire de l’Homme d’avantage que les murs qui l’entourent. Une démarche « archéologique » donc, plutôt qu’un « film d’architecte » à proprement parler. House est animé par un double mouvement contradictoire qui constitue le centre de tension du film : la maison est en train d’être construite par son nouveau propriétaire israélien, alors qu’Amos Gitaï, procédant à un travail de déconstruction politique, la ramène constamment a son stade (symbolique) de ruines. Le chantier devient ainsi un point de croisement et de confrontation de discours opposés, un lieu où, comme l’écrit Serge Daney, « des gens regardent la même chose et voient des choses différentes ». Ce que les maîtres du lieu regardent, mais refusent de voir, l’un des ouvriers palestiniens l’exprime clairement : « Nous travaillons ici pour gagner notre pain, comme prisonniers d’Israël. C’était une maison arabe qui appartenait à la famille Dajani. Ca me brise le cœur de voir une maison construite sur une autre (…). Mais si 36 gouvernements arabes n’ont pas réussi contre Israël, que peuvent nos mots, car les mots, le vent les emporte ». Ariel Schweitzer

A 15h : INTERVIEW EXCLUSIVE D’AMOS GITAI par Christian Delage et Jean-Marie Génard, réalisation, Jean-Baptiste Lucchini de l’ECPAD , le 24 août 2011 (33 min) PHOTO
N’ayant finalement pas pu venir à Blois, Amos Gitai nous a permis de le rencontrer pour cette interview. Il y explique la démarche qu’il a suivie pour réaliser La Maison, évoque l’importance de son expérience de la guerre qui l’a conduit à faire Kippour, précise son approche différenciée du documentaire et de la fiction, revient sur les fondements laïques d’Israël, indispensables pour prendre en compte l’Autre et maintenir le dialogue avec les Palestiniens.

Figure de proue du cinéma israélien, Amos Gitai a construit en plus de 40 films une œuvre qui explore à la fois l’histoire d’Israël, son utopie et ses réalités complexes et contradictoires, et sa propre histoire personnelle, marquée notamment par son expérience de la guerre de Kippour en 1973. Originaire de Haifa, il a d’abord étudié l’architecture avant de se consacrer à la réalisation de documentaires, La Maison et Journal de Campagne notamment, qui vont susciter débats et interdictions au début des années 80. Après un long séjour à Paris entre 1983 et 1993, il revient en Israël pour réaliser des films de fiction qui vont contribuer à lui apporter la reconnaissance internationale : la trilogie des villes, Devarim (Tel Aviv), Yom Yom (Haifa),Kadosh (Jérusalem), le film de guerre Kippour, l’évocation des fondements historiques et idéologiques d’Israël, Eden et Kedma, une peinture de la société israélienne, Alila, et deux films sur les frontières, Terre promise et Free zone. Il n’abandonne pas pour autant le documentaire, donnant ainsi une suite à La Maison avec Une Maison à Jérusalem en 1998 et News from Home/ News from House en 2006. Très lié à la France, il a fait tourner en 2007 Juliette Binoche dans Désengagement, évoquant l’évacuation des colons de Gaza et adapté le livre de Jérôme Clément, Plus tard, tu comprendras, avec Jeanne Moreau, en 2008. Carmel, une réflexion sur la mémoire et l’histoire est son film le plus récent.
Un portrait de Gitai au travail sur ce dernier film est présenté à Blois, en présence du cinéaste qui l’a filmé, RAN RAL, à La Fabrique à 17h samedi 15 octobre (entrée gratuite) –cf infra Gitai in search for the Carmel-

A 15h30 : DEBAT : LES MISES EN SCENE DE L’HISTOIRE DANS LE CINEMA ISRAELIEN

INTERVENANTS : AVNER BEN-AMOS, professeur à l’université de Tel Aviv, CHRISTIAN DELAGE, professeur de cinéma à l’université de Paris VIII, ALAIN DIEKHOFF, directeur de recherche au CNRS, STEPHANIE LATTE ABDALLAH, chargée de recherche à l’IREMAM d’Aix-en-Provence (cf p.28), FANNY LAUTISSIER, doctorante à l’EHESS, associée à l’IHTP, ARIEL SCHWEITZER, universitaire (Paris VIII et Tel Aviv) et critique de cinéma, RAN TAL, cinéaste

Les autres films :

LA COLLINE 24 NE RÉPOND PAS

Thorold Dickinson (fiction, Israël, 1955, 90min, Net B, VOSTF, Les Archives Francaises du Film du CNC, prêt de Monsieur Olivier Barrot, avec l’accord d’Ergo Média)
Ce film à grand spectacle influencé par le cinéma hollywoodien met en scène la guerre d’indépendance de 1948, à travers trois situations symboliques : un soldat britannique qui rejoint le combat d’une Israélienne par amour, un américain qui aide les Juifs à évacuer Jérusalem assiégée par la Légion arabe, et le face à face d’un soldat israélien et d’un soldat égyptien…qui s’avère être un ancien SS. Succès international au moment de sa sortie, ce film, qui présente l’épopée du nouvel Etat juif, est considéré comme un classique du cinéma israélien.

Dimanche 16 à 9h30 - Cinéma Les Lobis G

Présentation : ARIEL SCHWEITZER

LA GRAND MERE D’ISRAEL –GOLDA MEIR

Lise Bloch (documentaire, 1969, 60 min, « Les Femmes aussi » -Eliane Victor-,)
Un entretien, jalonné d’images de sa vie de premier ministre, donné par Golda Meir deux ans après la Guerre des Six Jours où elle évoque le destin d’Israël et sa vision de femme d’Etat, mais aussi sa famille, ou son combat pour l’égalité homme-femme… En écho des témoignages de femmes israéliennes, les unes soutenant sa politique, les autres la condamnant. Où l’on découvre que les questions qui sont débattues sont toujours d’une brûlante actualité.

Samedi 15 à 12h45 – Cinéma Les Lobis / Lundi 17 à 19h30 – Auditorium Bibliothèque Abbé Grégoire G

LES ENFANTS DU SOLEIL –THE CHILDREN OF THE SUN-

Ron Tal (documentaire, Israël, 2007, 70 min)
Intégralement composé d’images d’archives et de films amateurs, et accompagné en voix off par leurs récits, le film évoque avec finesse l’enfance des petits Israéliens des kibboutz dans les années 30, le mode de vie collectif et son impact sur leur vie psychique, l’âge d’or et le déclin de ces communautés emblèmes de l’utopie sioniste d’un homme nouveau. Salué comme l’un des plus beaux documentaires de l’histoire du cinéma israélien, il a aussi suscité un immense débat public.

Dimanche 16 à 11h15* – Cinéma Les Lobis / Lundi 17 à 18h – Auditorium de la BAG G

*Présentation : RAN TAL réalisateur, ARIEL SCHWEITZER

LA MÉCANIQUE DE L’ORANGE

Eyal Sivan (documentaire, Israël/France, 2009, 88 min, Momento Films)
L’histoire de la Palestine et d’Israël s’articule autour de représentations et de clichés. Parmi les symboles forts : l’Orange. Archives, photographies, vidéos, peintures, témoignages de Palestiniens et d’Israéliens (historiens, chercheurs, ouvriers…), tout ces matériaux sont rassemblés pour raconter l’histoire des Oranges de Jaffa, avant et après 1948, une histoire symbole de cette terre revendiquée par deux peuples et de l’effacement de l’un d’eux. Jaffa est devenu une marque déposée des oranges d’Israël, et la ville a été absorbée par Tel Aviv…

Samedi 15 à 9h30-Cinéma Les Lobis / Lundi 17 à 20h45 Auditorium Bibliothèque Abbé Grégoire G

AJAMI

Scandar Copti et Yaron Chani (Israël/ Palestine, 2009, 118 min, VOSTF, Ad Vitam)
Le quartier d’Ajami, à Jaffa, est un lieu cosmopolite où cohabitent Juifs, Musulmans et Chrétiens. Deux frères pris dans une guerre de clans ; un jeune réfugié clandestin palestinien en Israël ; un autre Palestinien qui rêve d’un futur avec sa petite amie chrétienne ; un policier juif qui recherche son jeune frère disparu... Cette histoire de destins croisés au cœur d’une ville déchirée, est le fruit du travail commun de deux cinéastes, l’un palestinien, l’autre israélien.
« La force d’Ajami réside effectivement dans sa manière de révéler l’ambivalence tragique de la réalité israélienne et palestinienne, en refusant tout jugement préétabli et tout dogmatisme. S’il s’agit d’un film politique, il l’est d’abord dans le sens premier du terme Polis : l’idée du « vivre ensemble » de la cité grecque antique. Ajami décrit crûment la complexité des rapports entre les différentes composantes de la société israélienne et palestinienne, la cruauté et la violence provoquées par ses oppositions internes. Mais en même temps, il montre à quel point ces sociétés sont imbriquées l’une dans l’autre, inséparables, et, de ce fait, condamnées à dialoguer. » Ariel Schweitzer

Dimanche 16 à 19h* / Lundi 17 à 10h30* /Mardi 18 à 16h – Cinéma Les Lobis

*Présentation : ARIEL SCHWEITZER

GITAI IN SEARCH OF THE CARMEL

Ran Tal (documentaire, Israël, 2010, 55 min, Version sous-titrée en anglais)
AMOS GITAI n’est pas connu seulement pour ses films provocateurs et les récompenses qu’il a accumulées en 30 ans, mais aussi pour sa manière non conventionnelle de tourner. Pendant six semaines, RAN TAL l’a suivi lors du tournage de Carmel, son plus récent film où il est question de mémoire, d’histoire, de guerre (avec le concours de Jeanne Moreau) : il propose une fascinante incursion dans son travail de création.

Samedi 15 à 17h – La Fabrique G

Présentation : RAN TAL, réalisateur